Déverrouiller le développement en Afrique

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image alt text...Adedayo Thomas le 24 décembre 2007 -
« Moi socialiste ? Plus jamais ! »
Ceux qui sont familiers avec mon travail savent que par le passé et jusqu'à récemment j'ai essentiellement professé l'approche socialiste comme modèle de notre transformation économique. Ce n'est plus le cas. Ce changement d'approche n'est guère le fruit de la confusion, mais celui d'un regard réaliste sur les événements globaux. Aujourd'hui, mon intention n'est pas de réécrire l'histoire mais de me tenir à ses côtés et de faire partager ma conviction que c'est la force du libre échange qui est la solution pour un développement équitable et durable de notre grand continent, l'Afrique.

Cette idée trouve ses fondations naturelles dans une situation économique en constante dégradation. Pour le commun des mortels en Afrique, elle fait référence à la prévalence de la pauvreté et au manque de structures transparentes pour améliorer la situation. Il y a une pénurie de nourriture et de bons équipements de santé, ainsi que des standards déclinants en matière d'éducation et une inflation qui monte en flèche, sans oublier le chômage et le sous-emploi. Beaucoup de projets gouvernementaux visant au développement social basique sont inexistants ou non pérennes. Comment pourrions-nous alors réaliser une distribution équitable des richesses parmi notre peuple?

En 1999 à l'atelier du Democratic Leadership Training (la Formation au Leadership Démocratique) tenu au Nigeria par le Forum Africain de Leadership, certains d'entre nous se sont déchaînés pour défendre le socialisme et tous les avantages de l'acquisition de la propriété par l'Etat. Le Parlement de Jeunesse Africaine et le Sommet des Étudiants ECOWAS de 2003 au Kenya puis au Ghana ont respectivement fourni une autre plate-forme pour résister à ceux qui sont favorables à la libre entreprise. C'était à ces trois occasions, principalement une bataille de « ismes » entre le capitalisme et le socialisme.

Le piège du « Leadership »

Pendant longtemps, l'Afrique s'est vautrée dans la pauvreté et le conflit. Le Nigéria vient de lutter contre un problème de « Leadership de ronds-de-cuirs » africains . Charles Taylor a été arrêté. Mais cela a-t-il mis fin aux problèmes apportés par la classe politique avide au Libéria ? Quelqu'un peut-il courageusement prétendre que la paix s'est installée en Sierra Leone, en DRC, ou en Côte d'Ivoire ? Peu importe le statut actuel du Rwanda, nous ne pouvons pas facilement oublier le génocide qui a balayé ce pays il y a une décennie. Il y a également des histoires amères à raconter en Somalie, au Zaïr, au Ghana, au Burundi, en Ouganda et au Kenya. Et le Darfour est devenu le visage moderne du génocide africain.

L'avidité de l'élite dirigeante africaine nous a placés sous l'emprise d'un cycle incessant de guerres et de destruction de notre économie. Ces conflits ont été maîtrisés par des militaires puissants et nous ont donné un illusoire sens de cohésion pour la meilleure partie de notre vie indépendante. Maintenant que le règne des civils est revenu, les colères refoulées sont relâchées avec des conséquences négatives. La situation s'est aggravée à cause d'un manque de compréhension des principes élémentaires de la gouvernance démocratique. L'état de droit, qui est essentiel pour une démocratie, n'est pas respecté. L'éducation même élémentaire en souffre!

Le romancier Chinua Achebe résume le problème du leadership africain en prenant le Nigeria comme exemple. Pour lui, le problème du Nigeria est tout simplement un échec de leadership.

Il n'y a rien qui cloche dans le caractère nigérian. Il n'y a rien qui cloche avec la terre nigérienne ou le climat ou l'eau ou l'air ou toute autre chose. Le problème nigérian est la réticence ou l'incapacité de ses leaders à se monter à la hauteur des responsabilités, du défi de donner l'exemple personnellement, qui sont en définitive la marque du vrai leadership. Nous avons perdu le vingtième siècle; sommes-nous obligés de voir nos enfants perdre aussi le vingt et unième ?

De façon intéressante, il y a une école de pensée qui croit toujours que le monde occidental est la cause majeure de nos problèmes. Cela est partiellement vrai parce que nos entreprises ont été démantelées par nos maîtres coloniaux ; mais pour combien de temps allons-nous continuer à blâmer le monde occidental quand notre destin est en réalité entre nos mains ?

Barrières et restrictions

George B.N.Ayittey, dans son article "Pourquoi l'Afrique est Pauvre", a écrit, "les systèmes politiques et économiques abominables établis par ses leaders postcoloniaux doivent être démantelés et remplacés. Ces systèmes alternatifs ne sont pas nouveaux en Afrique. En fait, l'Afrique précoloniale a été caractérisée par la libre entreprise, le marché libre et le libre-échange. De plus, le système africain traditionnel de gouvernance est la démocratie participative, comme en fait la preuve la « réunion de village » que l'on retrouve dans de nombreuses histoires.

Pour évaluer l'échec colossal actuel de nombreuses politiques africaines officielles en matière de commerce, il faut visiter le continent par la route. Les barrières commerciales et les restrictions aux mouvements des personnes sont assez nombreuses pour vous rendre fou. Le libre marchandage qui avait lieu sous les arbres de village a été remplacé par de nombreuses barrières routières et douanières. Il convient de noter que l'élite dirigeante n'a pas tenu compte du conseil d'Ayittey parce qu'il aurait bloqué leur tactique d'assécher l'economie par les aides occidentales et les prêts de la Banque mondiale. Une réforme de ce type s'est uu opposer une résistance par exemple en 1996 en Guinée.

Dans la première édition de la Route de la Servitude, Friedrich Hayek a précisé que le premier besoin de notre développement est de « d'abord nous libérer nous-mêmes de la pire forme d'obscurantisme contemporain qui essaye de nous persuader que tout ce que nous avons fait dans le passé récent était soit sage soit inévitable. Nous ne deviendrons pas plus sages avant que nous n'apprenions que beaucoup de ce que nous avons fait était très stupide ». Nous devons pousser nos leaders à mettre fin aux obstructions bureaucratiques à l'esprit d'entreprise, libérer nos marchés financiers, ainsi qu'établir un bon cadastre de propriété et respecter les droits de propriété, démolir toutes les barrières commerciales et renforcer l'état de droit.

Adedayo Thomas travaille sur le Développement au Nigeria. Il a récemment co-écrit une pièce "une lettre de Jonathan Gullible" une adaptation de « l'Aventure de Jonathan Gullible » de Ken Schoolland avec une subvention de la publication par l'ISIL. alhadedayothomas@yahoo.com