Chapitre VIII : Autre Réflexion sur l'augmentation et sur la diminution de la quantité d'argent effectif dans un État

Version imprimableVersion imprimable
Nous avons vu qu'on pouvait augmenter la quantité d'argent effectif dans un État, par [ 240 ] le travail des Mines qui s'y trouvent, par les subsides des Puissances étrangères, par le transport des Familles étrangères, par la résidence d'Ambassadeurs et de Voyageurs, mais principalement par une balance constante et annuelle de commerce, en fournissant des ouvrages à l'Etranger, pour en tirer au moins une partie du prix en espèces d'or et d'argent. C'est par cette dernière voie qu'un État s'agrandit le plus solidement, surtout lorsque le commerce est accompagné et soutenu par une grande navigation, et par un produit considérable dans l'intérieur de l'État, qui puisse fournir les matériaux nécessaires pour les ouvrages et les Manufactures qu'on envoie au-dehors.

Cependant, comme la continuation de ce commerce introduit par degré une grande abondance d'argent, et augmente [ 241 ] peu à peu la consommation, et comme pour y suppléer, il faut tirer beaucoup de denrées de l'Etranger, il sort une partie de la balance annuelle pour les acheter. D'un autre côté, l'habitude de la dépense enchérissant le travail des Ouvriers, les prix des ouvrages des Manufactures haussent toujours; et il ne manque pas d'arriver que quelques-uns des pays étrangers tâchent d'ériger chez eux les mêmes espèces d'ouvrages et de Manufactures, au moyen de quoi ils cessent d'acheter ceux de l'État en question : et quoique ces nouveaux établissements d'ouvrages et de Manufactures ne soient pas d'abord parfaits, ils retardent cependant et empêchent même l'exportation de ceux de l'État voisin dans leur propre pays, où l'on se fournit à meilleur marché.

C'est ainsi que l'État commence à perdre quelques bran [ 242 ] ches de son commerce lucratif; et plusieurs de ses Ouvriers et Artisans qui volent le travail ralenti, sortent de l'État pour trouver plus d'emploi dans les pays de la nouvelle Manufacture. Malgré cette diminution de la balance du commerce de l'État, on ne laisse pas d'y continuer dans les usages où l'on était de tirer plusieurs denrées de l'Etranger. Les ouvrages et les Manufactures de l'État ayant une grande réputation, et la facilité de la navigation donnant les moyens de les envoyer à peu de frais dans les pays éloignés, l'État l'emportera pendant bien des années sur les nouvelles Manufactures dont nous avons parlé, et maintiendra encore une petite balance de commerce, ou du moins le maintiendra au pair. Cependant si quelqu'autre État maritime tâche de perfectionner les mêmes ouvrages et [ 243 ] en même temps sa navigation, il enlèvera par le bon marché de ses Manufactures plusieurs branches du commerce à l'État en question. Par conséquent cet État commencera à perdre la balance, et sera obligé d'envoyer tous les ans une partie de son argent chez l'Etranger, pour le paiement des denrées qu'il en tire.

Bien plus, quand même l'État en question pourrait conserver une balance de commerce dans sa plus grande abondance d'argent, on peut raisonnablement supposer que cette abondance n'arrive pas sans qu'il n'y ait beaucoup de Particuliers opulents qui se jettent dans le luxe. Ils achèteront des Tableaux, des Pierreries de l'Etranger, ils voudront avoir de leurs soieries et plusieurs raretés, mettront l'État dans une telle habitude de luxe, que malgré les avantages de son [ 244 ] commerce ordinaire, son argent s'écoulera annuellement chez l'Etranger pour le paiement de ce même luxe : cela ne manquera pas d'appauvrir l'État par degré, et de le faire passer d'une grande puissance dans une grande faiblesse.

Lorsqu'un État est parvenu au plus haut point de richesse, Je suppose toujours que la richesse comparative des États consiste dans les quantités respectives d'argent qu'ils possèdent principalement, il ne manquera pas de retomber dans la pauvreté par le cours ordinaire des choses. La trop grande abondance d'argent, qui fait, tandis qu'elle dure, la puissance des États, les rejette insensiblement, mais naturellement, dans l'indigence. Aussi il semblerait que lorsqu'un État s'étend par le commerce, et que l'abondance de l'argent enchérit trop les prix de la terre [ 245 ] et du travail, le Prince, ou la Législature devrait retirer de l'argent, le garder pour des cas imprévus, et tâcher de retarder sa circulation par toutes les voies, hors celles de la contrainte et de la mauvaise foi, afin de prévenir la trop grande cherté de ses ouvrages, et d'empêcher les inconvénients du luxe.

Mais comme il n'est pas facile de s'apercevoir du temps propre pour cela, ni de savoir quand l'argent est devenu plus abondant qu'il ne doit l'être pour le bien et la conservation des avantages de l'État, les Princes, et les Chefs des Républiques, qui ne s'embarrassent guère de ces sortes de connaissances, ne s'attachent qu'à se servir de la facilité qu'ils trouvent, par l'abondance des revenus de l'État, à étendre leurs puissances, et à insulter d'autres États sur les prétextes les plus frivoles. Et toutes [ 246 ] choses bien considérées, ils ne font peut-être pas si mal de travailler à perpétuer la gloire de leurs Règnes et de leur administration, et de laisser des monuments de leur puissance et de leur opulence; car puisque, selon le cours naturel des choses humaines, l'État doit retomber de lui-même, ils ne font qu'accélérer un peu sa chute. Il semble néanmoins qu'ils devraient tâcher de faire durer leurs puissances pendant tout le temps de leur propre administration.

Il ne faut pas un grand nombre d'années pour porter dans un État l'abondance au plus haut degré, et il en faut encore moins pour le faire entrer dans l'indigence, faute de commerce et de Manufactures. Sans parler de la puissance et de la chute de la République de Venise, des Villes hanséatiques, de la Flandre et du Brabant, de la République [ 247 ] de Hollande, etc. qui se sont succédées dans les branches lucratives du commerce, on peut dire que la puissance de la France n'est allée en augmentant que depuis 1646, qu'on y érigea des Manufactures de draps, au lieu qu'auparavant on les tirait de l'Etranger, jusqu'en 1684, qu'on en chassa nombre d'entrepreneurs et d'artisans Protestants, et que ce Royaume n'a fait que baisser depuis cette dernière époque.

Pour juger de l'abondance et de la rareté de l'argent dans la circulation, je ne connais pas de meilleure régie que celle des baux et des rentes des Propriétaires de terres. Lorsqu'on afferme des terres à haut prix c'est une marque que l'argent abonde dans l'État; mais lorsqu'on est obligé de les affermer bien plus bas, cela fait voir, tout autres choses étant égales, que l'argent [ 248 ] est rare. J'ai lu dans un état de la France, que l'arpent de vigne qu'on avait affermé en 1660, en argent fort, auprès de Mante, et par conséquent pas bien loin de la Capitale de France, pour 200 liv. tournois, ne s'affermait en 1700, en argent plus faible, qu'à 100 liv. tournois : quoique l'argent apporté des Indes occidentales dans cet intervalle dût naturellement rehausser le prix des terres, dans l'Europe.

L'Auteur attribue cette diminution de la rente à un défaut de consommation. Et il paraît qu'il avait remarqué en effet que la consommation de vin était diminuée. Mais j'estime qu'il a pris l'effet pour la cause. La cause était une plus grande rareté d'argent en France, dont l'effet était naturellement une diminution de consommation. Tout au contraire j'ai toujours insinué dans cet Essai, que l'abondance de [ 249 ] l'argent augmente naturellement la consommation, et contribue sur toutes choses à mettre les terres en valeur. Lorsque l'abondance de l'argent élève les denrées à un prix honnête, les habitants s'empressent de travailler pour en acquérir; mais ils n'ont pas le même empressement de posséder aucunes denrées ou marchandises au-delà de ce qu'il faut pour leur entretien.

Il est apparent que tout État, qui a plus d'argent en circulation que ses voisins, a un avantage sur eux, tant qu'il conserve cette abondance d'argent.

En premier lieu, dans toutes les branches du commerce il donne moins de terre et de travail qu'il n'en retire : le prix de la terre et du travail étant par tout estimé en argent, ce prix est plus fort dans l'État où l'argent abonde le plus. Ainsi l'État en question retire quelquefois le [ 250 ] produit de deux arpents de terre en échange de celui d'un arpent, et le travail de deux hommes pour celui d'un seul. C'est par rapport à cette abondance d'argent dans la circulation à Londres, que le travail d'un seul Brodeur Anglais, couse plus que celui de dix Brodeurs Chinois; quoique les Chinois brodent bien mieux et fassent plus d'ouvrages dans la journée. On s'étonne en Europe comment ces Indiens peuvent subsister en travaillant à si grand marché, et comment les étoffes admirables qu'ils nous envoient, coûtent si peu.

En second lieu, les revenus de l'État où l'argent abonde, se lèvent avec bien plus de facilité et en plus grande somme comparativement; ce qui donne les moyens à l'État, en cas de guerre ou de contestation, de gagner toutes sortes d'avantages sur ses [ 251 ] Adversaires chez qui l'argent est plus rare.

Si de deux Princes qui se font la guerre pour la Souveraineté ou la Conquête d'un État, l'un a beaucoup d'argent, et l'autre peu, mais plusieurs domaines qui puissent valoir deux fois plus que tout l'argent de son Ennemi; le premier sera plus en état de s'attacher des Généraux et des Officiers par des largesses en argent, que le second ne le sera en donnant aux siens le double de la valeur en terres et en domaines. Les cessions des terres sont sujettes à des contestations et à des rescisions, et on n'y compte pas si bien que sur l'argent qu'on reçoit. On achète avec de l'argent les munitions de guerre et de bouche, même des Ennemis de l'État. On peut donner de l'argent pour des services secrets et sans témoins : les terres, les denrées, et les mar- [ 252 ] chandises ne sauraient servir dans ces occasions, ni même les bijoux ni les diamants, parce qu'ils sont faciles à reconnaître. Après tout, il me semble que la puissance et la richesse comparatives des États consistent, tout autres choses étant égales, dans la plus ou moins grande abondance d'argent qui y circule, hic et nunc .

Il me reste encore à parler de deux autres moyens d'augmenter la quantité d'argent effectif dans la circulation d'un État. Le premier est lorsque les Entrepreneurs et les Particuliers empruntent de l'argent de leurs Correspondants étrangers, pour leur en payer l'intérêt, ou que les Particuliers étrangers envoient leur argent dans l'État, pour y acheter des actions ou fonds publics. Cela fait souvent des sommes très considérables dont l'État doit payer annuellement à ces Etrangers un intérêt, et ces fa [ 253 ] çons d'augmenter l'argent dans l'État y rendent réellement l'argent plus abondant, et diminuent le prix de l'intérêt. Par le moyen de cet argent, les Entrepreneurs de l'État trouvent moyen d'emprunter plus facilement, de faire faire des ouvrages et d'établir des Manufactures, dans l'espérance d'y gagner; les Artisans, et tous ceux par les mains de qui cet argent passe, ne manquent pas de consommer plus qu'ils n'eussent fait, s'ils n'avaient été employés au moyen de cet argent, qui hausse par conséquent les prix de toutes choses, comme s'il appartenait à l'État; et au moyen de l'augmentation de dépense ou de la consommation qu'il cause, les revenus que le Public perçoit sur la consommation en sont augmentés. Les sommes prêtées à l'État en cette manière y causent bien des avantages présents, mais [ 254 ] la suite en est toujours onéreuse et désavantageuse. Il faut que l'État en paie l'intérêt aux Etrangers annuellement, et outre cette perte l'État se trouve à la merci des Etrangers, qui peuvent toujours le mettre dans l'indigence lorsqu'il leur prendra fantaisie de retirer leurs fonds; et il arrivera certainement qu'ils voudront les retirer, dans l'instant que l'État en aura le plus de besoin; comme lorsqu'on se prépare à avoir une guerre et qu'on y craint quelque échec. L'intérêt qu'on paie à l'Etranger est toujours bien plus considérable que l'augmentation du revenu public que cet argent cause. On voit souvent passer ces prêts d'argent d'un Pays à un autre, suivant la confiance des Prêteurs pour les États où ils les envoient. Mais à dire le vrai, il arrive le plus souvent que les États qui sont chargés de ces emprunts et qui en ont payé plu- [ 255 ] sieurs années de gros intérêts, tombent à la longue dans l'impuissance de payer les capitaux, par une banqueroute. Pour peu que la méfiance s'en mêle, les fonds ou actions publiques tombent, les Actionnaires étrangers n'aiment pas à les rappeler avec perte, et aiment mieux se contenter de leurs intérêts, en attendant que la confiance puisse revenir; mais elle ne revient quelquefois plus. Dans les États qui tombent en décadence, le principal objet des Ministres est ordinairement de ranimer la confiance, et par ce moyen d'attirer l'argent des Etrangers par ces sortes de prêts : car à moins que le Ministère ne manque à la bonne foi et à ses engagements, l'argent des Sujets circulera sans interruption. C'est celui des Etrangers qui peut augmenter la quantité de l'argent effectif dans l'État.

[ 256 ] Mais la voie de ces emprunts, qui donne un avantage présent, conduit à une mauvaise fin, et c'est un feu de paille. Il faut pour relever un État, s'attacher à y faire rentrer annuellement et constamment une balance réelle de commerce, faire fleurir par la Navigation les Ouvrages et les Manufactures qu'on est toujours en état d'envoyer chez les Etrangers à un meilleur marché, lorsqu'on est tombé en décadence et dans une rareté d'espaces. Les Négociants commencent à faire les premières fortunes, les Gens de robe pourront ensuite s'en approprier une partie, le Prince et les Traitants pourront en acquérir aux dépens des uns et des autres, et distribuer les grâces selon leurs volontés. Lorsque l'argent deviendra trop abondant dans l'État, le luxe s'y mettra, et il tombera en décadence.

[ 257 ] Voilà à-peu-près le cercle que pourra faire un État considérable qui a du fond et des habitants industrieux. Un habile Ministre est toujours en état de lui faire recommencer ce cercle, il ne faut pas un grand nombre d'années pour en voir l'expérience et le succès, au moins des commencements qui en est la situation la plus intéressante. On connaîtra l'augmentation de la quantité de l'argent effectif, par plusieurs voles que mon sujet ne me permet pas d'examiner présentement.

Pour ce qui est des États qui n'ont pas un bon fond, et qui ne peuvent s'agrandir que par des accidents et selon les circonstances des temps, il est difficile de trouver les moyens de les faire fleurir par les voies du commerce. Il n'y a pas de Ministres qui puissent remettre les Républiques de Venise et de Hollan- [ 258 ] de dans la situation brillante dont elles sont tombées. Mais pour l'Italie, l'Espagne, la France, et l'Angleterre, en quelque état de décadence qu'elles poissent être, elles sont capables d'être toujours portées, par une bonne administration, à un haut degré de puissance, par le seul fait du commerce; pourvu qu'on l'entreprenne séparément : car si tous ces États étaient également bien administrés, ils ne seraient considérables que proportionnellement à leurs fonds respectifs et à la plus ou moins grande industrie de leurs habitants.

Le dernier moyen que je puisse imaginer pour augmenter dans un État la quantité d'argent effectif dans la circulation, est la voie de la violence et des armes, et elle se mêle souvent avec les autres, attendu que dans tous les Traités de paix on pourvoit ordinairement à se conserver les [ 259 ] droits de commerce et les avantages qu'on a pu en tirer. Lorsqu'un État se fait payer des contributions, ou se rend plusieurs autres États tributaires, c'est un moyen bien certain d'attirer leur argent. Je n'entreprendrai pas de rechercher les moyens de mettre cette voie en usage, je me contenterai de dire que toutes les Nations qui ont fleuri par cette voie, n'ont pas laissé de tomber dans la décadence, comme les États qui ont fleuri par leur commerce. Les anciens Romains ont été plus puissants par cette voie que tous les autres Peuples dont nous avons connaissance; cependant ces mêmes Romains avant que de perdre un pouce du terrain de leurs vastes États, tombèrent en décadence par le luxe, et s'appauvrirent par la diminution de l'argent effectif qui avait circulé chez eux, et que leur luxe fit [ 260 ] passer de leur grand Empire chez les Nations orientales.

Tandis que le luxe des Romains, qui ne commença qu'après la défaite d'Antiochus, Roi d'Asie, vers l'an de Rome 564, se contentait du produit et du travail de tous les vastes États de leur domination, la circulation de l'argent ne faisait qu'augmenter au lieu de diminuer. Le Public était en possession de toutes les Mines d'or, d'argent et de cuivre qui étaient dans l'Empire. Ils avaient les Mines d'or d'Asie, de Macédoine, d'Aquilée, et les riches Mines, tant d'or que d'argent, d'Espagne et de plusieurs autres endroits. Ils avaient plusieurs Monnaies où ils faisaient battre des espèces d'or, d'argent et de cuivre. La consommation qu'ils faisaient à Rome de tous les ouvrages et de toutes les marchandises qu'ils tiraient de leurs vastes [ 261 ] Provinces, ne diminuait pas la circulation de l'argent effectif; non plus que les Tableaux, les Statues et les Bijoux qu'ils en tiraient. Quoique les Seigneurs y fissent des dépenses excessives pour leurs tables, et payassent des quinze mille onces d'argent pour un seul poisson, tout cela ne diminuait pas la quantité d'argent qui circulait dans Rome, attendu que les tributs des Provinces l'y faisaient incessamment rentrer, sans parler de celui que les Préteurs et les Gouverneurs y apportaient par leurs extorsions. Les sommes qu'on tirait annuellement des Mines, ne faisaient qu'augmenter à Rome la circulation pendant tout le règne d'Auguste. Cependant, le luxe était déjà fort grand, et on avait beaucoup d'avidité, non seulement pour tout ce que l'Empire produisait de curieux, mais encore pour les bijoux des [ 262 ] Indes, pour le poivre et les épiceries, et pour toutes les raretés de l'Arabie; et les soieries qui n'étaient pas du crû de l'Empire, commençaient à y être recherchées. Mais l'argent qu'on tirait des Mines surpassait encore les sommes qu'on envoyait hors de l'Empire pour acheter tout cela. On sentit néanmoins sous Tibère une rareté d'argent : cet Empereur avait resserré dans son Fisc deux milliards et sept cent millions de sesterces. Pour rétablir l'abondance et la circulation, il n'eut besoin d'emprunter que trois cens millions sur les hypothèques des terres. Caligula dépensa en moins d'un an tout ce trésor de Tibère après sa mort, et ce fut alors que l'abondance d'argent dans la circulation fut au plus haut point à Rome. La fureur du luxe augmenta toujours; et du temps de Pline l'Historien, il sortait de [ 263 ] l'Empire tous les ans au moins cent millions de sesterces, suivant son calcul. On n'en tirait pas tant des Mines. Sous Trajan le prix des terres était tombé d'un tiers et au-delà, au rapport de Pline le jeune; et l'argent diminua toujours jusqu'au temps de l'Empereur Septime Sévère. L'argent fut alors si rare à Rome, que cet Empereur fit des magasins étonnants de blé, ne pouvant pas ramasser des trésors assez considérables pour ses entreprises. Ainsi l'Empire Romain tomba en décadence par la perte de son argent, avant que d'avoir rien perdu de ses États. Voilà ce que le luxe causa, et ce qu'il causera toujours en pareil cas.